Flashback 11 octobre 2017

Je ne m’étais pas encore remise de ma toute première cuite, mon premier black out et mon humiliation publique à la soirée de la semaine passée. Même si on m’avait raconté que rien n’avait attiré autant de garçons qu’une fille perdue et en pleurs, c’était également ce qui avait repoussé le seul garçon que je voulais. Et ne pas savoir ce qui m’avait mis dans cet été là -à part l’alcool évidemment- et tout ce que j’avais bien pu dire ou faire me rendait folle.

J’étais incapable d’aller en cours. A chaque fois que j’étais entourée de gens, je sentais que j’étais une bombe à retardement. J’étais anxieuse, et prête à faire une crise d’angoisse à tout moment. J’avais l’impression que le gens me regardaient, et que tous les chuchotements ou ricanements m’étaient destinés. Alors j’avais décidé de m’isoler chez moi, et dormir me semblait être la meilleure chose à faire. Seul bémol : je n’y parvenais pas. Je ne dormais pas, je ne mangeais pas, et au final, je n’arrivais pas à rester toute seule.

Tous les jours, j’attendais sagement à ce que Léon ou Hugo rentrent chez eux avant de les rejoindre. Je ne pouvais pas voir d’autres gens, mais je ne pouvais pas me passer de ces deux-là. Ce jour-là, nous avions prévu de passer une soirée tranquille avec Léon à regarder des vidéos. Une soirée interrompue par un message de Hugo disant que son Irlandaise était présente à la maison commune de notre résidence étudiante, et qu’elle jouait au ping-pong, du 2 en un en somme. Il ne voulait pas s’incruster tout seul, et nous demandait s’il pouvait nous rejoindre. Très mauvaise idée : il allait passer à côté de son jeu et sa personne préférés.

Je n’avais pas envie d’y aller, car je savais que ça allait me forcer à faire face à tout ce que je fuyais. Les gens qui m’ont vue dans un piteux état, des gens à qui j’ai sûrement raconté des choses très personnelles et très gênantes dont je ne me souviens plus. Cependant, je savais aussi que ce soir-là, Hugo avait pris soin de moi alors qu’il aurait pu danser avec son irlandaise. Il m’avait tenue compagnie, il m’avait écoutée lui dire en boucle que j’étais une personne chiante, et lui dire mes pensées les plus sombres. Il s’était débattu avec moi pour m’empêcher de me ridiculiser devant les gens. Il m’avait ramenée à la maison, alors qu’il aurait pu rentrer à pieds avec sa dulcinée. En bref, il avait gâché ses chances de passer du bon temps avec l’Irlandaise pour s’occuper de moi. Je lui devais une fière chandelle. Ce soir était son temps de gloire.

J’ai motivé les troupes pour qu’on descende. Je me sentais pas vraiment bien, et j’étais très nerveuse. J’ai essayé de masquer toute cette peur sous des talons hauts et un joli rouge à lèvres rouge qui me donnaient un faux air de « j’ai confiance en moi, je suis une bombasse ». Mes premières minutes ont été assez incertaines. J’ai approché l’Irlandaise et son amie pour entamer la discussion.

« Est-ce que ça va mieux? » me demanda-t-elle

« Je suis vraiment désolée pour ce qui s’est passé à la soirée, merci d’avoir pris soin de moi » lui répondis-je sans lui laisser le temps d’en placer une, complètement paniquée.

Son air confus et son sourire gêné m’a fait comprendre qu’on ne parlait pas de la même chose.

« Ah, excuse-moi, je voulais savoir comment ça va, je me suis mal exprimée » dit-elle.

Je laissa juste échapper un « Ah », et rigolai à ma réaction un peu déplacée. A ce moment-là, je réalisa que certaines personnes peuvent être tout aussi maladroites que moi.

« Tu sais, je ne sais pas trop à quoi tu fais référence, j’étais pas très bien non plus vendredi » reprit-elle.

Je me suis souvenue qu’elle était déjà arrivée bourrée à la soirée. Je compris alors que peut-être ce n’était pas aussi dramatique que je me l’imaginais. Et que boire un verre de trop arrivait à tout le monde. Je suis alors remontée rapidement chez moi pour échanger les magnifiques jambes que me donnaient mes 10cm de talons contre une simple paire de baskets. C’était un meilleur choix pour faire une tournante de ping-pong.

Jouer au ping-pong, et parler aux autres gens m’a permis de me détendre. J’étais complètement dans les choux, je ne sais pas si c’était dû au fait que j’avais sauté à peu près tous les repas que j’avais pu depuis 5 jours, si je manquais cruellement de sommeil, ou si c’était dû au stress qui retombait enfin. Tout ce que je savais c’est que je me sentais enfin bien.

Le détail que je n’ai pas encore mentionné, c’était qu’il était là. Le finlandais pour qui j’avais un petit faible, et avec qui j’avais tout gâché lors de la fameuse soirée. Enfin, « tout gâché » était un terme assez fort, il était en colère, mais rien n’était encore fini. Comme d’habitude, il jouait au babyfoot avec ses amis. J’ai évité de le regarder pendant toute la soirée, et j’ai fait de mon mieux pour me changer les idées.

J’avais un sourire énorme aux lèvres, et jamais je ne m’étais sentie aussi pleine de confiance. Je riais à coeur ouvert comme je ne l’avais pas fait depuis longtemps, et je parlais à plein de gens. J’étais contente d’avoir pu discuter avec Léa, l’une des rares filles françaises que j’aimais bien en Suède. Stiles et Axel, deux amis de Léa, et nos amis en commun avec le finlandais, étaient très sympas avec moi également, très joueurs. Cela me remontait le moral. Ayant remarqué que le finlandais ne cessait de regarder dans ma direction, j’en profitai pour essayer de le rendre un peu jaloux. Entre Stiles qui m’apprenait le billard, et Axel qui ne cessait de me piquer mon écharpe, il y avait de quoi faire. Avec du recul, je me demande bien ce qui avait pu me passer par la tête ce jour là, car je trouve ce genre de comportement ridicule.

***

C’était la première fois que je parlais autant à Axel. C’était plutôt sympa. Stiles quant à lui s’ouvrait un peu plus que d’habitude, on a même joué au ping-pong ensemble. C’est un peu plus tard que j’ai compris que cette partie de ping-pong n’était pas sans arrières pensées. Au cours de la soirée, lorsque je regardais au tour de moi, je finissais toujours par croiser son regard, et le voir me sourire. Par réflexe, je lui rendais son sourire. Je ne m’étais posée aucune question sur le moment et je n’avais pas compris que ces regards seraient le début de la fin.

Lorsque je regarde un peu en arrière, j’ai compris qu’il tentait de flirter avec moi. Et qu’évidemment, mes sourires lui faisaient comprendre que j’y étais réceptive. Que ça faisait naître une « complicité » entre nous, alors que ce n’était absolument pas mon intention. Je vois rarement lorsque quelqu’un tente de m’aborder. De plus, ce soir-là, je l’avais entendu annoncer qu’il était gay. J’y ai naïvement cru, et je me suis même dit que c’était chouette.

Pendant ce temps-là, le finlandais s’était retrouvé seul sur le canapé, et regardait sans cesse dans ma direction. Mais je n’y prêtais plus attention. J’étais vraiment contente de me faire de nouveaux amis, et être libérée du stress des derniers jours. J’avais l’impression que ma vie reprenait son cours normal. Et ma seule envie, c’était qu’il le voit. Qu’il voit que j’étais bien sans lui, que j’étais forte, et que je pouvait me remettre sur pieds rapidement. Ce qui n’était pas le cas, car j’avais encore un tas de choses à lui dire, et qu’il le saurait puisqu’on devait mettre les choses au clair le lendemain. Mais j’aurais aimé qu’il y croit ne serait-ce qu’un instant.

***

Tout alla si vite que je ne me suis pas rendue compte qu’il était déjà minuit. Hugo et Léon étaient partis depuis déjà deux bonnes heures. J’avais promis de passer récupérer mes affaires chez ce dernier avant minuit. Paniquée, je lui ai envoyé une dizaine de messages sur Messenger si je pouvais encore passer, puisque c’est lui qui avait mes clés. Heureusement pour moi, il ne dormait pas encore.

Lorsque j’ai quitté la maison commune, j’ai reçu un message du finlandais.

« On peut parler maintenant si tu veux finalement ».

Je ne savais pas vraiment ce que je ressentais sur le moment. C’était un mélange de joie, et de l’euphorie que je ressentais depuis le début de la soirée. Je lui répondu qu’il fallait encore que je récupère mes affaires chez un ami, mais que c’était comme il le préférait. Ce à quoi il m’a rétorqué « non c’est comme toi tu veux », et j’ai mis fin à ce cercle vicieux en lui disant qu' »autant qu’on en finisse ce soir ». Il m’a alors attendue le temps que je revienne, et on a enfin eu ma tant attendue discussion.

J’avais la bouche sèche, je n’avais plus toute ma tête, et j’étais épuisée. Étonnamment je n’étais pas nerveuse. On était en bas de chez moi. J’avais tant de choses à lui dire, mais je ne trouvais pas les mots pour commencer. C’est lui qui le fit :

« Alors? »

Là, ça m’avait comme débloquée, et je commençai à débiter une centaine de mots à la minute. Je ne lui laisser pas en placer une. Jamais je ne m’étais sentie aussi bien.

« Tu sais, je suis vraiment désolée pour ce qui s’est passé à la soirée de vendredi. J’en ai aucun souvenir, et je sais que c’est hypocrite de s’excuser pour quelque chose dont on ignore tout, mais je sais que je t’ai causé de la peine, et je t’ai embarrassé, et j’en suis désolée. C’était l’alcool, je sais que l’alcool ne justifie pas tout, mais tu sais que je ne suis pas folle. Que je suis quelqu’un de réfléchi, de calme, que je ne cherche pas les problèmes, et que je sais prendre les bonnes décisions. C’était la première fois que je prenais un verre de trop, j’ai trop bu en trop peu de temps, mais j’ai appris de mon erreur, et je ferai plus attention à l’avenir. Alors, je suis vraiment désolée pour tout ça. Et jamais je n’ai eu rien à te reprocher, je ne sais pas d’où c’est venu. Pendant tout ce temps, la seule personne à qui j’en voulais c’était à moi-même. Parce que j’étais incapable de faire le premier pas, parce que j’étais incapable de répondre à ton flirt, parce que j’étais incapable de faire avancer notre relation. Et je pense que ce que j’ai exprimé ce soir là, mais avec les mauvais mots et la mauvaise cible, c’était toute la frustration que j’ai accumulée contre moi-même mélangée à ma faible estime de moi.  »

Il a souri mais il est resté froid dans ses paroles. Un long silence s’est installé pendant quelques instants. Je ne sais pas s’il était si long que ça, mais chaque seconde qui s’écoulait me donnait l’impression d’être des heures.

« J’espère que tu as remercié ton ami qui a pris soin de toi » me dit-il.

« Evidemment ! Il me dit « ta gueule » à chaque fois que je lui dis merci maintenant, tellement il en a marre de me remercier » lui répondis-je, en rigolant, essayant de briser la glace.

Sauf que lui, il ne rigolait pas.

« Je parle d’un vrai merci sincère, à voix haute, et en face ».

« Et je te parle d’une centaine de vrais merci sincères », lui dis-je en haussant le ton, agacée. « Ca fait 5 jours qu’il me voit non-stop, j’ai même dormi chez lui, je peux te dire que je n’ai pas cessé de lui dire merci ».

Sa réaction me surprit énormément.

« T’as dormi chez lui? Pourquoi? »

« Je me suis endormie chez lui, je n’arrivais plus à dormir seule à cause du stress… Et il n’osait pas me réveiller », lui répondis-je sur un ton plus doux.

Un long silence s’installa de nouveau. Avant d’avoir cette discussion, j’étais persuadée que tout était fini. Cependant, cette question qui ressemblait à un semblant de jalousie m’avait redonnée espoir. C’était la dernière fois que j’avais l’occasion de dire ce que j’avais sur le coeur. C’est quelque part entre la fatigue et l’inconscience qu’un peu de courage est venu s’immiscer.

« Tu sais, tu m’as toujours dit de te demander quand j’avais des doutes à ton sujet. J’aurais aimé que tu en fasses de même, et que tu me demandes ce que je voulais » lui dis-je.

Étonnamment, il me sourit.

« Et qu’est-ce que tu veux? » me demanda-t-il.

« Rien de sérieux. T’as ton point de vue sur la vie de couple et les premières fois, et c’est très bien. Pour ma part, je n’arrive pas à m’attacher à quelqu’un plus de deux mois sans finir par être agacée par la personne. Je n’ai jamais eu mes premières fois car je suis juste compliquée dans mes choix, peut-être trop sélective. Ou simplement parce que je le sentais pas. Après une première fois, il y en a une seconde, puis une troisième… Enfin là où je veux en venir, c’est que je ne trouve pas que ce soit spécial. »

Il regarda sur le côté, et murmura « je trouve pas que ce soit embarrassant d’avoir ses premières fois à 20ans » de manière presque inaudible. Je ne comprenais pas où cela nous menait. Mais quelque part, ça me donnait l’impression qu’il tenait encore à moi.

« Dis… Est-ce qu’une seconde chance est vraiment non envisageable? » lui demandais-je.

« Si. J’ai juste besoin de temps, m’assurer que tu n’es pas ce que j’ai vu vendredi dernier ».

« C’est un peu compliqué pour quelque chose censé être simple non? Je veux dire, on se prend bien la tête pour quelque chose qui n’est pas sérieux »

« Oui. Mais c’est juste que je ne peux pas tout oublier comme ça. Je suis, du moins j’étais très en colère contre toi, tu comprends? »

« Oui… Est-ce ça veut dire que je peux t’inviter qu’un de ces quatre à revenir manger des pâtes de qualité chez moi? »

Il me sourit.

« Evidemment ».

Les pâtes de qualité était notre petit truc à nous. Je devais lui faire des pâtes de qualité, lui m’apprendre à dormir en échange. Malheureusement, ça ne s’est jamais fait. Enfin, je l’ai nourri, mais j’étais bien trop coincée lorsqu’il a essayé de m’apprendre à dormir. Je regrette un peu aujourd’hui. (voir flashback Un soir de septembre)

Sur ces mots, il m’enlaça, puis me raccompagna à la maison commune avant de rentrer. Ca s’était extrêmement bien passé, j’étais heureuse, et mon euphorie du moment n’avait que se décupler. Ma seule envie était de sauter de jouer, et crier mon bonheur au monde entier. Il n’était pas encore une heure du matin, ma soirée venait tout juste de commencer. Je n’avais aucune envie de rentrer. Stiles et Axel étaient encore là. J’ai pris mon courage à deux mains, et j’allai parler à ce dernier.

***

Finalement, Axel n’est pas resté très longtemps, et me laissa seule. Je jetais un coup d’oeil à Facebook en me demandant si je ne devrai pas rentrer moi aussi. Je fêterai mes victoires un autre jour.

« Bah alors, où sont partis tes talons? »

Je relevai la tête : c’était Stiles. Il vint s’asseoir à côté de moi. Je ressentais une certaine satisfaction au fait qu’il ait remarqué mes talons. Je ne l’avais même pas vu les 10 minutes où je les ai portées. Je voyais ça comme le signe qu’il m’appréciait bien, nous étions sur le bon chemin pour être amis. J’étais assez intimidée car nous n’avions jamais réellement discuté ensemble. On a parlé rapidement des cours de Suédois qu’on avait en commun, de nos derniers achats pour décorer nos appartements… Il était plutôt sympa, et nous avions quelques points communs. Tout comme lui, je venais d’acheter deux plantes et une guirlande, c’était plutôt marrant comme coïncidence. Il attendait son colocataire pour monter fumer, et m’a proposée de me joindre à eux pour la suite de la soirée, ce que j’ai accepté sans me faire prier.

Mais rapidement, il a changé ses plans. Fatigué, il n’avait pas le courage d’attendre plus longtemps dans la maison commune. Il ne restait plus que 9 minutes avant que celle-ci ne ferme, alors nous sommes montés chez lui en demandant à son coloc de nous rejoindre quand il aura fini. En rigolant, il m’avait dit qu’il en profiterait pour me montrer ses plantes et sa nouvelle guirlande. Naïvement, je l’ai suivi sans me poser de questions. J’étais comme sur un petit nuage, je venais de me faire un nouvel ami, et il m’invitait chez lui. Cela voulait dire qu’il ne détestait pas ma présence. C’était super.

C’était une fois dans sa chambre que j’aurais dû flairer le piège. Lorsqu’on entra, son premier réflexe n’était pas d’allumer les lumières mais de la fermer à clés. Ca me semblait être un détail sans importance sur le moment. Il s’excusa d’être bourré, et me certifia qu’il ne l’avais encore jamais autant été en Suède avant de s’écrouler sur son lit. Je lui souri et dit que ce n’était pas grave. Je m’assieds à côté sur le sol.

« Allez, viens sur le lit, tu m’as promis un massage » gémit-il.

Je rigolai.

« Je t’ai rien promis du tout, et je suis nulle tu ne vas pas aimer ça » répondis-je.

Alors il se leva, me prit le bras, et m’attira sur le lit. Il avait une sacrée poigne. Il fallait dire que c’était quelqu’un de très sportif. Il était capable de trouver la motivation pour courir avec une gueule de bois et 4 heures ce sommeil au compteur. C’était également le type qui allait et revenait de l’université à vélo tous les jours, c’était quand même 5km de trajet. Bien que pour cette dernière partie je le comprenais, j’avais fait le chemin à pieds plus d’une dizaines de fois déjà, il était vraiment magnifique.

« Allez, vas-y, c’est moi qui te dirai si t’es nulle ou pas ».

Je lui dis alors de se mettre sur le ventre et me mis à le masser. Je savais que j’étais nulle, et mes mains étaient toutes petites, j’avais du mal à saisir ses épaules. Il rigolait en me disant que c’était pas si mal. Puis, il prit le dessus et se mit à son tour à me masser.

« Moi non plus je sais pas masser en vrai. Alors c’est comment? »

C’était agréable. Je lui répondis par un sourire. Quelques minutes plus tard, on échangea à nouveau de positions, sauf que cette fois-ci il était sur le dos, et j’étais au dessus de lui.

« C’est dur de masser comme ça, tu sais » lui dis-je en rigolant.

« Je sais, mais t’en fais pas, tu t’en sors parfaitement bien ».

Il ferma les yeux, et je continuai de le masser sans rien dire. Je rigolai moins quand j’ai senti ses mains aller doucement vers mes hanches. Puis, je me suis calmée en me disant que ça devait être pas volontaire, et qu’il n’y avait rien de sexuel puisqu’il était gay. La seconde d’après nos positions s’inversèrent à nouveau. Il approcha doucement son visage du mien et tenta de m’embrasser. Je fis l’autruche, et enfoui ma tête dans ses coussins. J’étais plus que confuse et embarrassée. Mais avant tout, j’étais sous le choc.

J’avais tout un tas de questions qui se bousculaient dans ma tête, tout un tas de remarques, que ce soit pour moi ou pour lui. N’était-il pas gay? Est-ce que j’ai envie de l’embrasser? Vais-je passer pour une fille facile si je lui dis oui? Va-t-il se moquer de moi lorsqu’il saura qu’il sera mon second baiser? Que va-t-il se passer si je le rejette maintenant? Est-ce que j’ai envie de le rejeter? Et quelle serait la raison de mon refus? Je ne suis pas une fille facile ou le fait que je suis attirée par le finlandais? Mais ce n’est pas sérieux, et je ne sais pas où cela me mène. J’étais trop fatiguée pour réfléchir, mais avant tout, j’étais faible. Le stress, le manque de sommeil, de nutriments et les montagnes russes qu’étaient mes émotions ce soir-là m’avaient terriblement affaiblie. Je n’étais plus capable d’y voir clair, ni de réfléchir vite.

« Tu n’en as pas envie? » me demanda-t-il

« Je ne sais pas… »

« Rho, allez. »

Je me laissai convaincre par cet argument tout sauf convaincant. Ce n’était qu’un baiser après tout. Et ce n’était pas sérieux avec le finlandais. L’Erasmus était la bonne occasion pour acquérir un peu d’expérience. Il fallait bien que je m’amuse un peu. Je n’avais clairement pas mes idées en place, et j’étais loin de m’imaginer ce que ce baiser aller provoquer. Maladroitement, complètement apeurée, je répondis à son baiser.

« C’est ta première fois? »

« Non la seconde… »

« Quoi? » il ricana. « Je pensais que les pompom girls étaient toutes des chaudasses »

Je fis semblant de rire. Mais dans le fond je ne rigolai pas.

« Pas celle en dessous de toi, il faut croire » dis-je, faisant de mon mieux pour paraître souriante.

« T’es tellement sexy avec tes chaussettes montantes pourtant, je me demande comment les autres font pour te résister ».

J’étais surprise qu’il sache que je suis pompom girl, on en avait jamais parlé. Tout comme je l’étais parce qu’il faisait attention à ce que je portais, j’avais dû porter mes chaussettes qu’une ou deux fois. Je me sentis flattée, il me trouvait sexy. J’aimais le sentiment d’être désirée, mais je continuai de me demander si je voulais vraiment continuer ça. Je ne savais pas ce qui me bloquait : la peur, le fait que j’en avais pas envie, ou juste le fait que je ne voulais pas passer pour une fille facile?

Lâchement, je le laissai faire. Il m’embrassa à nouveau. Ses mains quant à elles continuaient de se balader partout. C’était à la fois nouveau, et à la fois très angoissant. Je ne ressentais aucun plaisir. J’étais comme paralysée, j’étais perdue et je ne savais pas quoi faire. Ma main se mit à faire des aller retours entre ses omoplates et ses cheveux. Un geste nul, mais je ne voulais pas être catégorisée comme une « fille étoile de mer », ou comme le « pire coup ». Même si je pensais que j’allais l’être malgré tout. Avec du recul, je me suis rendue compte à quel point l’avis des autres avait une grande place dans ma vie et à quel point tout ça était bête. J’aurais dû prendre mes jambes à mon cou.

Je ne pouvais pas m’empêcher de comparer son toucher et ses baisers à ceux du finlandais. C’était moins bien. Je ne ressentais rien, je peux même affirmer que je détestais ça. J’avais l’impression qu’on me bécotait. Une question me trottait en tête : était-ce lui qui embrassait mal, ou le baiser du finlandais m’avait paru exceptionnel parce que j’étais bourrée? Je me demandais encore ce que je faisais là, et pourquoi je ne partais pas. Alors qu’il s’apprêtait à glisser sa main dans mon jean, je le stoppai net.

« Non, je ne veux pas ».

« Pourquoi pas? »

« Je ne suis pas assez bourrée ».

Il me lança un regard interrogatif. Je me suis rendue compte de la connerie que je venais de déballer.

« Oublie ».

Il ricana et me fit passer au dessus de lui. Il changea de sujet très rapidement. Un échange qui m’a étonnamment marquée.

« C’est quoi ce truc que tu portes au cou? » me demanda-t-il en plongeant ses yeux dans les miens. Ca avait fait son petit effet.

« Un chocker. » lui répondis-je gênée.

« C’est tellement 2014 »

« Désolée d’être trop 2014 pour toi »

Je souris. Il rigola, et m’enlaça. Son rire était adorable, et son geste était tendre. J’ai ri avec lui. Ca m’avait pour une raison que j’ignore calmée et rassurée. J’avais moins envie de partir. Je m’allongeai à côté de lui, pensant que tout était fini. Qu’il avait compris que je ne voulais pas aller plus loin, et qu’en plus nous avions retrouvé une certaine complicité.

« Qu’est-ce que tu veux faire alors? » me demanda-t-il.

« Je veux juste me détendre » lui répondis-je.

Sur ces mots, il attrapa ma main, et la glissa doucement vers ses hanches.

« Touche le alors » me dit-il.

Je savais très bien à quoi il faisait référence.

« Non, je ne veux pas » gémis-je, tout en essayant de récupérer ma main.

« C’est toi qui m’a dit que tu voulais te détendre » me dit-il en haussant le ton.

J’étais complètement perdue. Je ne voulais absolument pas faire ça, j’étais tout sauf prête. Sentant que je ne réagissais pas, il poussa un soupir impatient. Pour ma part, je ne voulais pas me faire détester. J’allais le voir tous les soirs à la maison commune, et nous avons des amis communs. Je ne voulais pas partir sur de mauvaises bases. Et avant tout, j’avais très peur de dire non. J’en étais incapable. J’étais lâche et dégonflée. Doucement, j’approchai ma main tremblante vers l’endroit indiqué. J’en avais arrêté de respirer.

« Maintenant ouvre le pantalon » me dit-il. Je m’exécutai.

Passa une demi heure où il essayait de me convaincre d’enlever mes habits ou de lui faire une fellation. On n’arrêtait pas de bouger, j’avais énormément mal à mes deux côtes fêlée à cause de ma toux. Il ne cessait d’essayer de forcer et je ne cessai de refuser, de pleurnicher, et de lui dire que je n’étais pas prête, et que je ne m’attendais pas à ça. Il m’agrippait et me tirait les cheveux, poussait ma tête vers son précieux pendant que je faisais de mon mieux pour résister.

Je mourrais d’envie de lui expliquer que tout cela n’était qu’un mal entendu, que je voulais juste être amie, et pas me faire détester. Que j’étais persuadée l’avoir entendu dire qu’il était gay, et que c’était pour cette raison là que je l’avais suivi sans y réfléchir deux fois. Les mots étaient bien présents dans ma tête, mais ils n’allaient pas au delà de mes lèvres. Le seul mot qui réussissait à en sortir était « non ».

Voyant bien qu’il commençait à être saoulé par tout ce refus, j’ai pris peur. J’étais allée trop loin pour m’arrêter sans qu’il n’y ait de conséquences, mais j’avais encore trop d’amour propre pour dépasser mes limites. Ma seule envie était qu’il finisse et que je rentre chez moi. Je ne voulais pas que ça ait de conséquences, et ce que je n’avais pas capté, c’est que ça en aurait dans tous les cas. J’aurai adoré pouvoir rassembler le peu de courage qu’il me restait, et quitter la pièce au début de tout cela.

Tout ce cirque commençait à s’éterniser, et je voyais bien qu’il voulait en finir tout aussi vite que moi, malgré les quelques gémissement qu’il poussait en réponse à mes baiser taquins sur son torse. Je savais pertinemment que ça, et ma poigne de bébé n’allaient pas à me suffire à le combler pour que je rentre chez moi. Et il me le fit comprendre :

« Bon écoute, si tu veux rentrer chez toi, soit tu te mets à poil, soit tu me suces ».

Je n’avais aucune envie qu’il me voit nue. Je décidai donc de garder mes vêtements, et c’est d’une voix tremblante que ne lui transmis mon choix. Il se leva alors du lit et se mit en face de moi. A cet instant, il me parut géant. J’étais à la fois très apeurée et très intimidée par cette figure titanesque qui se dressait en face de moi. Je déglutit et m’exécutai. J’étais à deux doigts de pleurer. Il se retira soudainement de ma bouche. Je levai la tête et posai mon regard humide sur lui. Apparut alors le geste le plus inattendu de la soirée : il se baissa pour m’embrasser. Je ravalai mes larmes. Mon dernier baiser venant de sa part. Le seul que j’ai trouvé agréable. Il m’apportait un certain réconfort dans le cauchemar que je vivais. Un moment puissant qui eut une emprise énorme sur moi. Je n’arrive guère à le chasser de mon esprit, même quatre mois plus tard.

Puis les choses reprirent de plus belles. Il attrapa mes mains, les plaqua contre le mur, et finit sa petite affaire en me privant de tous mouvements. Il avait été violent. Ma tête était complètement vide. Je ne savais pas si j’avais détesté ça, ou si ce n’était pas si mauvais que je le voyais. J’étais assise sur le lit, sans dire un mot. Je n’osais pas bouger. C’était enfin fini. Sans prendre la peine de se rhabiller, il prit une gorgée du thé posé sur son bureau qu’il avait oublié de boire dans la matinée. Il me tendit par la suite sa tasse.

« Tu en veux? »

Je me contentai d’hocher la tête et l’accepter. Bien qu’il était glacial, ce thé était très réconfortant. Il sortit de sa chambre, et revint quelques minutes plus tard habillé. J’ai longuement hésité à me tirer en douce pendant ce temps là, mais il était revenu avant que je ne prenne une décision.

« Eh bien, t’auras gardé tous tes habits, c’est un exploit » me dit-il en rigolant.

Bien que je partageais son avis dessus, je ne lui rendis pas son ricanement. L’écran de mon téléphone affichait 2h du matin. J’avais passé 1 heure dans cette chambre. Je n’avais pas vu son coloc revenir, je n’avais pas vu sa guirlande, et je n’avais plus envie de faire la fête.

« Je vais rentrer, bonne nuit » lui dis-je.

Je me dirigeai vers la sortie très vite. Dieu merci, il avait laissé la porte de sa chambre déverrouillée après son retour. Alors que j’allais ouvrir la porte il m’interpella :

« C’est super de se détendre avec toi. J’ai adoré, t’es pas mal pour une débutante ».

Je ne lui répondis pas. Je me retournai sans rien dire et appelai l’ascenseur. Lorsqu’il ferma la porte de son appartement avant que ce dernier n’arrive, je sentis une extrême solitude m’engloutir. Je ne comprenais pas ce que je ressentais. Je ne savais pas si j’étais choquée, ou si je me sentais souillée. Je savais juste que je me sentais usée, naïve, fatiguée et plus seule que jamais.

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