23 janvier

Bien que je faisais de mon mieux, je n’avais toujours pas réussi à « me coucher plus tôt » la veille, comme je me le promettais depuis 3 semaines. Sauf que maintenant ça devenait urgent. La fatigue n’envahissait plus mon corps, elle s’y était installée depuis déjà un bon petit moment. Et je savais que pour la chasser, ce n’était pas une bonne nuit de sommeil qu’il me faudrait, mais au moins une semaine. A ce stade, plutôt que de m’en débarrasser, je l’entretenais.

Cela allait faire bientôt 5 jours que j’avais retrouvé le contrôle de mes émotions. Je me trouvais moins lourde, moins envahissante et moins dramatique. J’arrivais enfin à me supporter de nouveau. Alors qu’hier j’étais en pleine forme, et je ne pensais plus au passé, ce matin c’était différent. J’ai passé la matinée à penser à Stiles en route vers mon boulot. Je voulais reprendre contact avec lui et je n’arrêtais pas de rêvasser. Cependant, je savais bien que la crème aux choux qui avait envahi mon cerveau n’était que pure fantaisie, jamais elle ne se produirait. Quelque part je regrettais de ne pas avoir dit au revoir à Stiles quand je suis partie de Suède. J’aurais dû, et qui sait, peut-être que ça m’aurait apporté quelque chose. Malheureusement, bien que je voulais devenir forte, courageuse et détendue, ça ne venait pas en un instant, bien au contraire.

Le fait d’être en stage et non pas en cours ne m’aidait pas dans ma folie passagère de « j’en ai marre d’être toute seule ». J’étais entourée de personnes bien trop vieilles pour moi, ou déjà mariées. Je mourrais d’envie de faire de nouvelles rencontres, mais je savais que c’était tout sauf l’endroit idéal. Le bar où j’étais allée vendredi dernier quant à lui ne me semblait pas être si mal. En plus, j’avais enfin une amie fille avec qui sortir. Peut-être que cette année je ne serai plus victime des malentendus où tout le monde serait persuadé que j’ai un petit ami. C’était une sorte de malédiction qui me suivait depuis le collège. Je n’ai pas passé une seule année sans qu’on ne pense que j’étais casée. Ça m’a même suivi jusqu’en Suède. C’était quelque chose de bien ironique pour quelqu’un qui n’était jamais sorti avec personne. Je trouvais ça marrant, même si par moments ça me fermait certaines possibilités, ou ça créait des malentendus.

Une vague de tristesse m’avait envahie. « Pour avoir quelqu’un qu’on méprend pour ton petit ami, faut déjà avoir des amis » avait comme résonné dans mon esprit. C’était vrai. Depuis ma récente dispute avec David, l’un de mes amis les plus proches de mon école, plus rien n’était comme avant. Il me détestait, il me haïssait, et faisait de son mieux pour que mon groupe d’amis en fasse de même. Une grande partie me parlait moins, l’autre ne m’adressait même plus la parole. Si certains avaient des craintes à mon sujet suite à des malentendus dus à mon tempérament plutôt froid et distant, ils les pensaient vraies suite à ce qu’il pouvait leur raconter à mon sujet. Avant même que je n’ai eu le temps de cligner des yeux, tout le monde s’était persuadé que je ne les aimais pas et que j’étais une manipulatrice. Assez ironique pour quelqu’un qui n’a jamais rien demandé à personne.

Enfin, dans cette histoire nous étions deux. Personne n’est jamais venu me demander mon point de vue sur toute cette dispute, et je ne suis jamais venue leur l’expliquer non plus. Qui ne dit rien consent. Je ne voyais tout simplement pas l’intérêt de les mêler à tout ça. C’était mon histoire avec David, et non pas la leur. J’avais dû mal à comprendre pourquoi il les avait mêlés à tout cela. Alors je préférais encore me faire détester que de me justifier et les forcer à choisir entre ma version ou la sienne. Quelque part au fond de moi, j’espérais vraiment que tout se tasserait et serait bientôt derrière moi.

***

La matinée était franchement longue. Si mon seul souhait pour la journée était d’être enfin efficace à mon stage, la vie en avait décidé autrement. Cela faisait une heure que j’étais arrivée, et je ne pouvais toujours rien faire, mon ordinateur avait trouvé le meilleur moment pour faire une mise à jour de 2 heures. J’avais l’impression de ramer et d’être dix fois trop lente, et ça ne m’aidait pas. Cette année, j’avais découvert que lorsqu’on dépend des autres personnes, les choses vont beaucoup plus lentement. Ca rajoutait une raison de plus sur l’énorme liste que j’avais des raisons pour lesquelles je détestais le travail en groupe. C’était frustrant. A mon stage, je suis dans une toute petite salle, sans fenêtres ni chauffage. Les gens y vont et viennent comme bon leur semble pour se servir des ordinateurs mis à disposition.

Aujourd’hui, comme à chaque fois que quelqu’un essaie de me faire la discussion dans cette entreprise, j’étais très fermée. On me demande souvent ce que je fais comme études, quelles sont mes missions et combien de temps dure mon stage. Je réponds du mieux que je peux, puis la discussion s’arrête. Aujourd’hui, comme à chaque fois, je n’ai pas réussi à relancer la conversation. J’ai envie de leur demander ce qu’ils font, ou pourquoi ils sont là. Mais ces choses-là je les sais déjà. Je choisis donc le silence sans trop me mouiller.

***

Je savais pertinemment qu’il fallait que j’arrête de tout remettre au lendemain. Il fallait absolument que j’aille enfin poster mon dossier de renouvellement du pass Navigo, puisque 23€ par semaine, ça piquait un peu quand même. Il fallait également que je reprenne le sport, la vue de mon poids et mon corps m’étaient devenus insupportables. Puis, finalement, fallait que je lise la réponse de Mattias. Vendredi dernier, je lui avais demandé ce qu’il en était de notre amitié. Il était temps pour moi d’assumer ce petit moment de faiblesse, et de prendre mon courage à deux mains pour lire ce qu’il m’avait répondu. Pendant ce temps, l’ambiance continuait d’être glaciale du côté de Laura. Elle faisait partie des personnes qui pensaient qu’elles ne comptaient pas pour moi dans le groupe, et pourtant ce n’était pas du tout le cas. Alors elle avait décidé de prendre ses distances et je le sentais. Je faisais de mon mieux pour faire comme si de rien n’était, mais se faire ignorer était doulereux. J’aurais aimé pouvoir discuter de ça avec elle, mais je savais bien que mes mots n’avaient aucune valeur. Il fallait que je m’accroche et que je continue garder la foi et le sourire. Tout finirait par s’arranger tant que je fais des efforts et que je reste fidèle à moi même.

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