Noir animal

De petits pas, profonde inspiration,

Relever la tête, et être dans la lumière

Je ne peux pas, dit-elle, je suis triste.

Musique

A toi, mon très cher lecteur.

Je ne sais pas trop à qui écrire. Je suis perdue. Ma raison s’en va, et la noirceur me trouve. Je l’ai toujours fuie, j’ai pensé pouvoir me tourner vers le soleil. Non, au contraire, j’essayais d’être le soleil des autres. Le sourire toujours aux lèvres, quelques blagues idiotes en tête pour toujours avoir un mot réconfortant à dire quand quelqu’un va mal, et une phrase pour lui donner le sourire. Je n’avais qu’un seul but, rendre heureux mon entourage. En échange, j’y puisais toute l’énergie que je leur donnais. Une drôle de symbiose me diriez vous. Il me fallait juste un signe d’affection, une preuve que j’étais bien là pour eux.

Cette noirceur a toujours existé au fond de moi. Mais je la chassais grâce à des pensées positives. Lorsqu’elle prenait le dessus, il suffisait de pleurer, et tout comme ces larmes qui quittaient mon corps, elle s’en allait aussi. Mais maintenant, j’ai l’impression qu’elle veut prendre sa revanche. L’extérieur ne la fait plus fuir, au contraire elle réussit même à s’y adapter. Plus les jours passent, plus elle s’approche de moi. Elle me prend dans ses bras, et m’enveloppe tout doucement. Désormais, ça ne sert plus à rien de pleurer. Elle déborde et ne risque pas de s’en aller.

Son étreinte est à la fois douce et douloureuse. J’ai l’impression qu’elle est possessive, qu’elle ne veut pas me laisser partir. Peut-être qu’elle aussi a peur de l’abandon, je ne sais pas. Peut- être qu’elle est jalouse de tout cet optimise écrasant qui lui fait de l’ombre. Elle est peut-être comme moi. Elle ne veut juste pas finir seule, délaissée par les personnes qui ont trouvé mieux ailleurs. Dans tous les cas, les faits sont là. Plus je m’enfonce dans ses bras, plus mon sourire s’efface. Ces blagues et ces mots si réconfortants et si simples à dire sont brûlants, insaisissables, imprononçables. J’ai beau essayer de faire semblant, je n’y arrive pas. Et j’ai l’impression que cette moi mélancolique fait fuir les gens, et les pousse à me juger encore et toujours.

Et ce jugement qu’ils prononcent se mélange à la douce noirceur dont l’étreinte devient de plus en plus étouffante. Les mots qu’elle me susurre auxquels j’ai refusé de croire jusqu’à lors, désormais je les accepte, je les écoute. Ses conseils si horribles, qui me semblent irréalisables, je les prends en note et je les exécute. Je ne suis plus que son pantin, elle joue avec moi, mon corps, mes émotions. De mes peurs, que dieu sait nombreuses, qui s’amplifient, elle en tire profit, elle s’en sert pour jouer avec moi. Elle sait que je ne cède pas facilement, et donc que c’est au cœur de mon point faible qu’il faut attaquer. Cette noirceur n’est pas bête, loin de là ; la seule à être bête ici, c’est moi : comment ai-je pu l’ignorer toutes ces années ?

Je suis son pantin, et je suis la dance qu’elle me fait exécuter. Mais elle ne fait pas que m’enlacer, elle pénètre dans mon corps. Elle remplace ma pensée, mes mots, mes états d’âmes. Ma vision du monde aussi. Elle me montre les facettes cachées des choses ; les mauvaises de préférences, et elle enterre les bonnes. Mais elle modifie aussi la vérité ; je n’arrive plus à distinguer le vrai du faux ; je ne sais plus comment me comporter. C’est tout un voile noir animal qui recouvre ma réalité.

Et cette vie qu’elle m’offre, ces explications qu’elle me donne, et ces secrets qu’elle me dévoile. Je ne sais pas si j’ai vraiment envie de les entendre. Il y a des jours où je me retrouve à essayer de me boucher les oreilles pour ne plus entendre ce qu’elle me murmure. C’est un échec, sa voix résonne dans mon esprit, elle envahit mon esprit, et je me retrouve, là, dans une situation pitoyable, à pleurer encore sur des causes que j’ignore. C’est alors que je commence à préférer l’ignorance et le rêve à la réalité. Tout y es plus beau, même si ce n’est qu’un doux mensonge ; au moins il ne blesse pas.

Ce rêve, il parvient parfois à chasser la noirceur, il me berce tout doucement. Il essaye de me rassurer en me faisant voir un monde nouveau, un monde que peut-être j’aurai la capacité d’avoir un jour. Il essaye de donner un but à ma vie, il essaye de me former. Mais c’est alors que la noirceur revient, et me ramène à la triste réalité. Une réalité où je n’ai pas de but.

L’être humain m’a toujours fait peur – quelque soit l’âge auquel on l’observe ; il ment, il juge. Certains me riraient au nez, et me diront que c’est la vie ; d’autres lèveront leur poing gauche ou droit pour me dire que c’est une injustice sans nom que de classer tout le monde dans un même panier. « Nous sommes tous différents, et c’est diversité qui fait de nous des humains ». Jusqu’ici, je n’ai pas réellement vu de différences parmi les hommes en ce point là. On a plusieurs comportements différents ; mais on juge tous, et personne n’est capable de prétendre de ne jamais avoir menti. C’est des personnes comme moi qui croient toujours à cette diversité ; l’espoir fait vivre comme on dit ; qui finissent par être ceux qui en payent le plus le prix. Je suis vraiment naïve, et un jour cette naïveté m’abattra. Ce n’est pas parce qu’on décide de repartir à zéro, que les personnes qui nous entourent en feront de même. Pourtant, je continue d’espérer, et j’appuie inutilement sur la touche reset en attendant que quelque chose se produise. Mais le jugement est là, il vous guette, et s’allie à la noirceur pour mieux vous entraîner dans leur danse. C’est une douce valse qui vous transperce le cœur et vous prive de tous mouvements. Et moi je me laisse aller à leur danse. Je danse, et je danse encore, je danse à m’en priver d’air.

Je me noie, je m’enfonce dans plus en plus dans cette froide noirceur. Ma main tremblante dépasse à la surface et j’ai espoir que quelqu’un vienne la saisir avant qu’il ne soit trop tard. Mais les personnes passent devant sans jamais la frôler. J’ai oublié que nous n’étions plus que toutes les deux moi et elle. Ils me disent qu’ils m’aiment, qu’ils seront toujours là pour moi, et pourtant, ce n’est qu’un piètre mensonge. Ils se tournent vers d’autres personnes qui prennent ma place dans leur cœur en un rien de temps. Mes affaires se trouvent du jour au lendemain dehors, et me voilà de nouveau seule. Et lorsqu’ils daignent de me prendre la main, qu’ils me la caressent tout doucement, c’est seulement pour me graisser la patte. Ils me supplient de leur aider, crient leur amour en vers ma personne, et une fois qu’ils sont loin de tout danger ; ils me laissent derrière eux. Ils me remplacent par des personnes qu’ils me trouvent mieux, et m’oublient.

Les jours se suivent, et moi je manque de plus en plus d’air. Je me noie dans ma noirceur nourrie par un public au sourire satisfait. Plus les jours passent, plus cette nous ne faisons qu’un. Je trouve de moins en moins la force de pleurer. Je finis par m’isoler du monde pour rêver. Mes rêves sont devenus ma réalité, et ma réalité, un simple cauchemar. Je dors le jour, je vis la nuit. J’ai de plus en plus des difficultés à voir mon entourage ; il rétrécit jusqu’à ne devenir qu’un tout petit point au loin. Moi aussi je rétrécis. Alors qu’avant je pouvais atteindre le ciel de ma main, désormais je ne peux que toucher le sol. Mon importance aux yeux des gens elle aussi change de taille ; au fil des jours, elle disparait. Le nombre de personnes me remplaçant quant à lui grandit. J’ai beau me battre comme une lionne, j’ai de moins en moins de sens aux yeux des autres. Je ne les entends presque plus appeler mon nom. Si par pur hasard j’ai la chance de l’entendre, c’est dans mon dos ; ils jugent et ils la nourrissent. Elle grandit, m’enveloppe, et m’étouffe. C’est douloureux. Ne prononcez plus mon nom. Effacez le de vos lèvres. Oubliez le. Oubliez moi. Effacez moi. Plus les jours passent, et plus je m’enfonce.

Adieu,

Moi.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s