Pigments#1

Chante-moi une chanson d’amour

Je suis ton homme

Je t’aimerai toujours du mieux que je peux

Musique

D ‘un côté, il y avait elle. Intelligente, douce, respirant la réussite, adorée, mais incapable d’aimer. Si elle avait coloré le monde de plus d’un, personne n’avait encore réussi à peindre le sien. Elle restait alors enfermée dans ses rêves de petites filles, à rêver rencontrer une personne capable de changer ça. C’était peut-être ça le problème. Elle rêvait trop grand. Elle jugeait trop vite. Personne n’était jamais assez bon. A viser trop haut, on finit par tomber bien bas.

De l’autre, il y avait lui. Gentil, attentionné, drôle, il ne se démarquait pas tant que ça des autres. On ne le remarquait que très rarement. Si contrairement à elle, il avait déjà vu les couleurs du monde plus d’une fois lorsqu’il était gamin, il les trouvait fades. Elles ne l’atteignaient pas. Alors au fond, incolore ou coloré, il s’en lavait les mains. Tant qu’il était heureux, tout allait bien.

Un amoureux des bars. Une chanteuse nocturne. Le hasard fait parfois bien les choses. Vint le jour de leur rencontre. C’était autour d’un bar. Il pleuvait dehors. Mais pour la première fois, le noir de la salle semblait éclatant. Coloré. Teinté. Nuancé. Vif. Si lorsqu’il lui parla, elle fut indifférente, il n’en fut pas plus touché, mais pourtant tous deux virent leur monde totalement bouleversé. Depuis quand un soir de pluie avait-il des teintes aussi éclatantes?

“Vous savez, il est tout à fait naturel de juger.” dit-il un beau soir.

Elle ne sut lui répondre uniquement que par sa surprise. Ces quelques mots suffirent pour la rendre encore plus confuse que lors de leurs précédentes rencontres. Elle était méfiante. Elle n’arrivait pas à le comprendre. Lui, par contre, semblait lire en elle comme dans un livre ouvert.

“Mais ce qui différencie vous et moi – c’est que je ne vous juge pas.” reprit-il.

Il venait d’approcher son visage du sien, plongeant son regard noisette dans l’océan qu’était le sien. Elle devint nerveuse. Il la terrifiait. Son visage prit feu. Elle était devenue muette. Lui, riait. Il riait à coeur ouvert. Son rire avait quelque chose de réconfortant. Il l’intriguait. Son rire était jaune-orangé.

Leur monde prenait petit à petit vie. Ils avaient tant d’intérêts en commun. Tous les soirs il venait la chercher après un de ses concerts que les gens écoutaient d’une oreille inattentive en mangeant ou buvant. Ils partageaient un même amour pour l’art, pour la musique, pour l’architecture… Pour ces soirées films qui leurs donnaient l’impression de retomber dans l’adolescence. En présence l’un de l’autre, ils redevenaient des enfants. Et petit à petit, leur monde qui n’était qu’un croquis devenait alors une toile.

“Demain soir… Chante moi une chanson d’amour.” dit-il, un rictus aux lèvres.

Elle l’ignora.

“Je t’aime”, lui murmurait-il.

Tout comme elle l’ignorait tous les autres soirs. Bien qu’il lui avouât son amour, bien qu’il la taquinât avec; elle gardait le silence, elle changeait de sujet, elle se renfermait. Elle prononçait des paroles couleur pierre. Elle gardait égoïstement ses sentiments pour elle. Une boîte de Pandore dont on ne trouvait pas la clé. La clé du bonheur.

Et puis, un soir, elle lui répliqua. Alors que son concert prenait fin, elle répondit à sa requête. Elle s’ouvrit, et à travers des mots qui n’étaient pas siens, lui récita ses sentiments. La chanson touchait à sa fin. Le monde face à elle se brouillait. On aurait dit une palette d’artiste, toutes les couleurs étaient mélangées.

Il ne la revit plus. Bien qu’elle ait trouvé la clé du bonheur, elle s’était enfuie avec. Elle n’avait laissé qu’une traînée de pigments derrière elle. Son monde avait gardé ses couleurs. Mais ça n’avait pas d’importance. Ca n’avait plus d’importance. Il aurait préféré vivre dans un monde poivre. Il ne pouvait plus les apprécier. Toutes ces teintes et ces nuances le hantaient. Il persistait malgré tout. Il voulait la retrouver. C’était son dernier souhait. Sans elle, son quotidien paraissait pinchard.

Elle ne supportait plus de voir son téléphone. Apercevoir son écran s’illuminer à chaque notification. Tout autour d’elle était blanc. Seul lui apportait une touche colorée. Mais elle n’en voulait pas. Elle désirait tout sauf ça. Alors qu’avant elle en rêvait, désormais elle en cauchemardait. C’était la malédiction qu’il avait laissée derrière lui pour se venger.

Alors qu’il avait perdu tout espoir de la revoir, elle lui donna rendez-vous. Ce n’était pas dans un bar. Ce n’était pas un soir. Ca n’avait à voir avec leurs rendez-vous habituels. Il ne perdit pas une seule seconde, il s’en fichait de l’heure, du jour, de ce qu’il faisait, ni une, ni deux, il se rendit directement sur place.

Lorsqu’il arriva, elle fut surprise. A la vue de la jeune femme, il ne savait pas comment agir, que dire, il ne savait plus rien. Il ne savait même plus parler. Elle trouva le courage de lui sourire. Un sourire rose pâle. Bien que la situation ne le leur permettait pas, leur monde n’avait jamais été aussi éclatant.

Il s’assit à côté d’elle, lui prit la main et l’embrassa. Il la gardait entre les siennes, comme si il avait peur qu’elle parte, qu’elle disparaisse de nouveau. Pourtant, il savait qu’elle n’en avait pas les forces. Une peur qui le hantait depuis leurs retrouvailles. Pourtant, il savait. Il savait qu’elle ne pouvait plus s’enfuir, et que plus jamais elle ne pourrait. Même si leur quotidien était devenu terne, les couleurs autour d’eux n’ont jamais eu de teintes aussi vives et saturées. Sa présence embaumait la pièce d’un rouge-orangé intense.

“Sing me a love song. You’re my man. Will you always love me the best you can?” chantonna-t-elle doucement aux airs de “Harder than Easy” de Jack Savoretti.

Elle lui sourit de ses dernières forces. Il déposa un doux baiser sur son front. Les paroles de sa victoire. Son prix. Son trésor. Son précieux souvenir. Sa première chanson d’amour. Bientôt, son monde allait devenir pâle, gris et poivre à nouveau. Bientôt les couleurs allaient se dissiper à nouveau. Bientôt, elles allaient l’abandonner. Pourtant, il s’en fichait. Il continuera à le voir peint, vif, teinté. Les couleurs resteraient gravées dans ses souvenirs.

“I will always love you the best I can…”, commença-t-il tout doucement.

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