25 janvier

Les heures filaient, mon travail quant à lui stagnait. Le goût amer de l’échec devenait de plus en plus prononcé. Une journée, 7 heures, c’est exactement ce que j’avais perdu aujourd’hui, et c’est également ce que j’avais volé à mon entreprise. J’avais beau essayer de trouver une solution, rien ne ne venait. Je reculais à chacune de mes trouvailles. Mon seul souhait était que mes efforts passent avant mon échec. Puis vint le moment où on prend conscience que tout ce temps était perdu bêtement. Que depuis le début, vous aviez raison, et ce n’était qu’un seul petit détail qui faisait tâche dans le décor, et qui vous brouillait la vue sur la réussite. C’était le sentiment que je détestais le plus : perdre du temps inutilement. Bien que j’étais soulagée de pouvoir avancer à nouveau.

***

Ces derniers jours, suite à de divers événements, j’en suis venue à me demander ce qui faisait de moi une personne peu chanceuse en amour. J’en suis venue à la conclusion que c’est un parfait mélange entre beaucoup d’indécision à laquelle on vient saupoudrer un peu de recherche d’attention et où on aurait clairement renversé une bonne dose de couardise. Je ne saurais pas compter le nombre de relations à côté desquelles je suis passée car j’étais incapable d’exprimer ce que je ressentais. C’est comme si montrer à l’autre qu’il me plaisait allait m’incinérer sur place tellement les mots me paraissent imprononçables. Cela expliquerait pourquoi c’est uniquement avec ces personnes-là que je deviens plus glaciale que jamais. Bien que j’ai déjà une réputation une bonne réputation de Reine des glaces.

Avant tout, j’avais les pieds face au mur. Enfin, je savais que j’étais dans une situation délicate parce que j’ai un peu de bon sens. Pour une fois, j’étais totalement indifférente à ce qui pouvait se produire. J’ai toujours été très naïve lorsqu’il s’agissait de remarquer qu’une personne s’intéressait à moi. En gros : je ne m’en rendais jamais compte. Il n’y pas une seule fois où je n’ai pas mal interprété les signaux, « mais voyons, s’il me parle, c’est parce qu’il veut être mon ami ». C’était un thème plus que récurrent dans ma vie. Un soir, je me dis « oh chouette, une nouvelle rencontre », et le soir d’après « oh, mais je suis si confuse, pourquoi a-t-il essayé de m’embrasser ». Certes, c’est surjoué. Mais c’est plus ou moins bien résumé.

Et ce que je vais vous conter maintenant n’a pas échappé à la règle. A la fin de mon séjour en Suède, j’ai fait plus ample connaissance avec un Coréen. Il était un ami de Léa, Stiles et compagnie, et il nous donnait des cours de Coréen à Léon et moi. C’était d’ailleurs la raison pour laquelle nous avons commencé à discuter. Grande fan de Corée depuis toujours, et souhaitant y faire mon expérience internationale de dernière année, c’était parfait. Il m’apprenait énormément de choses sur son pays, la culture, et la langue évidemment. Bien que nous n’avions pas énormément d’occasions de discuter pendant ses cours – j’avais même l’impression qu’il appréciait plus Léon que moi -, c’était différent pendant les soirées. J’ai passé les trois grands derniers événements avant mon départ avec lui, à discuter de tout et rien. Il était adorable, intelligent, et j’étais vraiment contente de l’avoir pour ami.

Puis vint le moment de l’avant dernière soirée. Il avait un peu trop bu, complètement délaissé par ses amis, alors j’ai décidé de le prendre sous mon aile. La musique était un véritable cauchemar, et aucun de nous deux ne savait réellement danser. C’est entre son verre de trop et ma volonté à profiter du moment présent, que malgré tout nous avons trouvé le courage de danser ensemble. C’était ridicule, on était ridicule, l’événement en lui même était ridicule. On se fondait parfaitement dans le décor. Par moments on rejoignait Axel et son amie du soir. La plus part du temps, on se laissait juste emporter par la foule, avec seul lien incassable nos deux mains liées. C’était sympathique, c’était amusant. Stiles nous regardait. Il donna l’impression de vouloir s’immiscer dans la danse, mais sans succès. Ni le Coréen ni moi n’étions prêts à lui laisser une place dans notre bulle. Il passait nerveusement à côté de nous, me bousculant à plusieurs reprises. Pour une fois, ça ne me faisait rien.

Maintenant que je l’écrit sur papier, évidemment que ça me semble crever les yeux : cette danse n’avait rien d’amical. Mais sur le moment, j’avais juste l’impression que nous étions les meilleurs amis du monde qui se comprenaient un peu trop bien. Il a toujours fait preuve d’une gentillesse et d’une douceur hors norme. Jamais je n’aurais pu me douter que ça m’était destiné.

1h30 vint plus vite que prévu. Comme si c’était une évidence, nous marchions vers son arrêt de bus main dans la main. Pas après pas, minute après minute, promesse après promesse. « Nous nous reverrons en février » me disait-il. « je t’enverrai plein de messages en attendant ». Heureuse de cette amitié, quoi qu’un peu tactile, c’est avec surprise que j’accueillis son baiser pour un au revoir. N’y avait-il pas une impression de déjà vu ? Sauf que cette fois-ci, on aurait dit une scène sortie d’un film à l’eau de rose. C’était plus adorable que terrifiant. Malheureusement je ne partageais pas ses sentiments.

Nous voilà 1 mois plus tard. Le mois de février approche à grand pas. Lorsqu’il me parla rapidement de son retour d’Europe il y a quelques jours, j’avais ressenti une sorte de trahison. « Pourquoi n’est-il pas venu me voir, il me l’avait promis ». Mais c’était comme s’il pouvait lire dans mes pensées, je reçu un message de sa part.

« Je compte revenir à Paris en février-mars. Est-ce que l’on pourrait se voir ? Est-ce que je pourrais passer du temps chez toi ? »

Bien évidemment, je lui répondis que oui. Je m’attendais à ce que mon ventre se noue, car ma tête savait que c’était une mauvaise idée. Mais il ne le fit pas. Je ne savais pas vraiment ce que je voulais. Le fait qu’il voulait me voir, ne serait-ce qu’un peu, me faisait me sentir unique. Enfin, peut-être que je m’emballais un peu trop et vite. L’Europe était elle aussi très attirante. C’était très probable qu’il veuille visiter l’Europe et avoir un logement gratuit. Je n’étais peut-être que les bonbons qu’on te donne après un repas au restaurant avec l’addition : un petit bonus sympathique, mais pas ce pourquoi tu étais venu.

***

J’ai enfin repris mes cours de pom-pom girl. Les nouvelles chorées étaient superbes. J’étais étonnée de voir à quel point notre chorégraphe, Julie, ne se rendait pas compte du talent qu’elle avait. « Tout le monde n’est pas noté pareil », c’était un peu la phrase de la soirée. En effet, de plus en plus de groupes de pom-poms engageaient des chorégraphes professionnelles pour les concours & cie. Je ne pense pas qu’on en ait besoin. Grâce à Julie, je pense que nous étions largement à leur niveau. Je le pensais fort, mais je ne dis rien. Mes lèvres préfèrent rester scellées alors que mes yeux étaient remplis d’étoiles. A chaque nouvelle danse, elle se surpassait.

En rentrant chez moi, j’étais euphorique. J’avais envie de crier haut et fort que j’aimais la vie. J’en avais oublié le froid et la fatigue. Le bonheur me titillait tellement que je ne pouvais pas rester assise. J’ai décidé de rentrer à pieds. Je ne savais pas d’où venait ce flot d’énergie. Etait-ce le fait de reprendre la danse? Ou bien le fait de partager ce moment avec d’autres personnes? Le fait que nous allions reprendre le bureau se concrétisait de plus en plus. Je n’en pouvais plus d’attendre. L’un de mes plus grands souhaits était d’en être présidente. Je voulais à tout prix partir et encadrer le WEI de l’année prochaine. Et c’était le ticket pour avoir ma place d’assurée. Pourquoi? Sur papier, j’étais la pire staff possible. Timide et incapable d’exprimer une quelconque émotion. Cependant, au fond de moi, je nourrissais une flamme. Une envie de sortir de ma zone de confort, de profiter, de croquer la vie à pleines dents. Et cette flamme réussirait peut-être à faire fondre ma façade de glace.

Le WEI n’était pas une fin en soi. Ma véritable motivation était l’attachement que je portais à cette association. Elle m’avait apporté énormément au fil des années. Une famille, des amis, de l’assurance. Et je voulais reprendre le flambeau, la faire perdurer, la faire connaître encore à plus de gens, la faire grandir. Mon unique souhait était de rendre la pareille et plus encore à quelque chose qui m’a fait grandir.

***

Les réseaux sociaux sont quelque chose de formidable et de très terrifiant à la fois. Cela permet à des personnes de garder contact et de communiquer en un simple clin d’oeil. Cela facilite le partage de nos hobbies, activités, voyages et bien plus encore. C’était la raison grâce à laquelle je savais que le Coréen était en Suède avec Stiles. Ma seule envie était de lui parler pour que Stiles le remarque. C’est à ce moment précis que je me suis rendue compte à quel point j’étais pitoyable et enfantine. C’était ça manipuler. Mais ça, personne ne me le reprochera. Personne ne s’en rendra compte. Les gens préfèrent chercher des problèmes là où il y en pas. Jamais, ô grand jamais, il n’ont réussi à mettre le doigt sur ce qui faisait réellement défaut chez moi. Et c’était tant mieux.

Comme j’avais pu le dire au finlandais quelques mois plus tôt, j’était une personne réfléchie. Je posai mon téléphone sans envoyer de messages au Coréen. Je préférai le laisser profiter de sa soirée en Suède. Je ne voulais pas me servir de lui, et je me devais de mûrir. Me comporter en enfant ne me mènerait à rien. Je prendrai de ses nouvelles un autre jour, un jour où j’aurais envie de l’entendre parler de lui, et non essayer de me faire voir par quelqu’un d’autre. J’étais rassurée de me voir capable de décisions raisonnables. Je n’étais pas une manipulatrice après tout et je devais apprendre à lâcher prise. Devenir une meilleure personne commençait là où l’action prenait vie.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s