12 février

Si la Suède m’avait évoquée une boule au ventre de stress et d’excitation lors de la rentrée des classes, c’était une tout autre boule au ventre qui m’attendait en France. Je ne me sentais pas dans mon élément, et je n’avais envie de revoir ni les gens, ni les cours. Je n’avais qu’une seule petite once d’espoir : je serai présidente, et en plus j’ai un type adorable et honnête dans ma classe. Honnête, vraiment? C’est moi qui suis naïve.

J’avais éteint la lumière, j’avais allumé deux bougies. Une mélodie qui résonnait avec mes oreilles se jouait. L’eau était agréablement chaude, et dégageait une douce odeur de vanille et de lavande. C’était relaxant. J’étais tout sauf détendue. Ma respiration était cadencée, rapide, hachée, audible. Je poussais des râles. Mes poings étaient serrés, et malgré la chaleur de l’eau, j’avais froid aux extrémités. Je ne les sentais plus. Mes larmes coulaient plus vite que le bain ne se remplissait. J’étais comme immobile. C’était ce qu’on appelle crise de panique.

La matinée était horrible, l’après-midi fabuleuse, et la soirée forte en rebondissements. J’aurais presque pu recevoir un oscar pour mon rôle « la fille au sourire gravé ». Si je souriais pour cacher ma panique, personne n’a vu mes lèvres trembler tout le long. Peut-être que personne n’a voulu les voir? C’était dans cette même mentalité que j’ai poussé mon calvaire plus loin en allant déjeuner avec eux. Ce fut un silence plus que remarquable qui résonna au bout de ma table. Un silence que je fus la seule à remarquer.

Si mon au revoir était chaleureux et plein de joie, ma seule envie était de fondre en larme. Jamais je ne me suis sentie aussi peu à ma place. J’étais la première feuille jaunissante d’un arbre, fragilisée, et prête à tomber. Je repensais à avant. Une sensation de chaleur et de gratitude m’avait envahie lorsque Maxime m’avait proposé son aide pour reprendre l’association que je souhaitais l’année d’après. Je sautais de joie à l’idée de l’avoir dans la classe, partager l’année avec lui. Je l’ai toujours vu comme quelqu’un de très sympathique. Il ne fallut qu’une révélation, qu’une phrase pour que tout s’effondre.

« Tu sais, en fait, Maxime, il pensait qu’on n’arriverait pas à reprendre l’association, c’est pour ça qu’il a proposé son aide. »

J’étais estomaquée. Je venais de perdre la dernière raison qui me donnait envie d’aller en cours.

***

« Ah, bonjour Elsa » me dit une voix familière

Je me retournai. A ma grande surprise, je vis un ami à qui je venais tout juste de dire au revoir à la sortie du restaurant.

« Pourquoi bonjour? » lui demandai-je, confuse.

« Je vois enfin Elsa, et non El' » me répondit-il « Ton sourire était donc faux ».

J’étais touchée. Quelqu’un l’avait remarqué. Quelqu’un l’avait compris. Je ne pris pas la peine de lui sourire malgré tout.

« Oui. Je ne me sens pas vraiment à l’aise avec eux… »

Je lui expliquai mes problèmes. Il m’enlaça, puis il rentra en courant. Une scène fortement drôle, que je ne pu m’empêcher de trouver adorable. Je souri, et je rejoignis un ami du lycée. J’ai passé un après-midi formidable avec lui. Cela faisait longtemps que je n’avais pas ri d’un rire sincère. Je me sentais vivante à nouveau.

Une fois chez moi, j’ai voulu me prendre un bain pour me détendre. Oublier le négatif, faire place à demain. Il me le fallait. Un ami me contacta. Quelques explications plus tard, et une bonne heure passée dans mon bain, je ne me sentais plus aussi confiante. Un premier voulait me virer du groupe. Un second trouvait que j’accordais trop d’importance à mes problèmes. Tout le monde avait décidé de se réunir à une soirée pour discuter, décortiquer, critiquer chacun de mes comportements. J’étais face à ce que je détestais le plus : l’hypocrisie, le jugement, et bien évidement le sucre cassé dans mon dos.

Je m’étais livrée. J’avais tout donné. Je m’étais ouverte. J’avais confié à l’un que j’étais en dépression. J’avais confié à tous que je rencontrais des problèmes pour communiquer. Que j’allais pas bien, et que je m’excusais d’avance de ce que cela pouvait entraîner. Je les avais invités à être franc, me dire ce qui n’allait pas. Pour une fois, je m’étais ouverte à la critique, mais c’est dans mon dos que celle-ci prit forme.

Pour une fois, je ne ressentais plus rien face à ça. J’avais fait un énorme pas en avant, et je m’étais mangée un mur. Je n’en peux plus de tout ça. J’ai toujours été honnête. Toujours été souriante. Toujours pris sur moi. Je n’ai pas pris part aux commérages. J’ai fait de mon mieux pour sortir de mes zones de confort. Passer devant le tribunal. M’expliquer. Donner une part de moi. Ecouter.

Désormais, tout ce qu’il reste, c’est le néant. Maintenant, j’arborerais toujours un sourire faux. Je me fermerai à jamais. Personne ne pourra ne serait-ce qu’entre voir qui je suis réellement. L’hypocrisie et le commérage, ce n’est pas pour moi. Allez tous vous faire foutre, autant que vous êtes. Vous avez vos problèmes, j’ai les miens. Sauf que contrairement à vous, jamais je ne blesserai quelqu’un d’autre pour ce qui ne va pas chez moi.

Merci. Merci, car grâce à vous, je sais enfin ce que je vaux.

Et je ne suis pas toutes ces immondicités que vous pouvez prononcer à mon sujet. Ce que vous dites n’est que le reflet de qui vous êtes réellement.

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